
No Country For Old Punk
Musique punk, grèves et capitalisme
Aujourd’hui pour cette chronique, je vais parler d’un zine qu’on a reçu cette semaine: No Country For Old Punk special Newtown Neurotics. Je vous encourage à ouvrir une playlist Newtown Neurotics pour vous immerger dans l’univers du groupe.
No Country For Old Punk est un fanzine toulousain old school, plutôt dédié aux groupes punk des années 70-80. Le format est régulier : des interviews qui proposent aux musiciens de revenir sur l’histoire de leur groupe, sur leur contexte de formation, sur leurs intentions et sur leur lutte. J’avoue, je ne suis pas rentré dans le monde du fanzine par le biais de ce genre de productions. Mais c’est toujours l’occasion de réécouter des groupes que j’ai perdu de vue, ou d’en découvrir. Et souvent, on trouve des positions politiques (voire militantes) intéressantes.
Ce numéro est dédié aux Newtown Neurotics, un groupe de punk rock formé dans les années 1978 à Harlow (Angleterre) par Steve Drewett (guitare), avec Colin Lasters (basse) et Tiggy Barber (batterie), rapidement remplacé par Simon Lomond. Le titre de leur premier album « Beggars can be choosers » (1983) pose clairement les intentions politiques de NN. Avec eux, le punk se réaffirme comme un outil politique solidaire aux luttes des grévistes, des syndicalistes radicaux et des classes pauvres.
Beggars can’t be choosers : « ne choisit pas qui emprunte », « contente toi de ce que tu as »… surtout si tu es précaire.
Beggars can be choosers, c’est affirmer que les classes populaires et laborieuses PEUVENT choisir.
A travers trois interview (1988,1998,2024) Steve raconte la création du groupe le contexte politique et social qui influence leur musique. Il parle de sa propre politisation, de la grève des mineurs britanniques de 84-85, de la politique de Thatcher et de Tony Blair, et de son besoin de ne pas laisser le cynisme (courant dans le milieu punk) le paralyser.
« Comme je l’ai dit plus tôt, à l’origine le groupe était une réaction à l’aliénation de vivre dans une ville nouvelle ennuyeuse et sans âme et beaucoup des premières chansons reflètent cela. Cependant, peu de temps après la création du groupe, Margaret Thatcher est arrivée au pouvoir en Angleterre et a annoncé le début d’un changement massif dans ce pays. » « La peur du chômage était si forte que les gens travaillaient pour presque rien. L’attention et la compassion ont disparu et est apparue une culture qui célébrait le profit et l’avidité et au diable les vieux, les pauvres et les malades. »
On lit toujours un fanzine avec son propre point de vue, et dans un contexte particulier, qui influence ce qu’on en retire. Difficile pour moi de ne pas faire des liens entre la situation politique et sociale que décrit Steve des N.N. et l’actualité Française.
Quand Steve, des NN, raconte des villes et des villages entiers pris d’assaut par la police, les violences, les procès simulés, la surveillance systématisée, et la casse des mouvements de solidarité et de révoltes des classes populaires, c’est impossible de ne pas voir qu’on est en plein dedans.
« En fin de compte, je ne peux pas me désengager de la politique simplement parce que je suis continuellement déçu par la réticence de nos dirigeants de gauche à créer des réformes radicales. »
Les musiques alternatives, telles que le punk ou le rap, ne sont pas que les bande-sons passives des crises sociales, des émeutes et des violences qu’elles racontent. Elles peuvent participer aux révoltes en créant des espaces de rencontre (d’organisation) et en nourrissant la colère, l’espoir, la possibilité d’un monde différent.
Plusieurs numéros du zine No Country For Old Punk sont dispo à La Fanzinothèque de Poitiers!
Lien vers le catalogue pour retrouver No Country For Old Punk à La Fanzinothèque: ici













