Mon edge est tout sauf straight, vers une critique queer radicale de la culture de l’intoxication – 2017

Cette brochure écrite en 2014 décrit la relation entre mouvement straight-edge (sXe) et luttes queer.

Straight se traduit par « droit », et renvoi l’image d’une personne ou d’une pratique saine, droite, normale. Dans la scène alternative sXe, straight signifie qu’on ne consomme pas d’alcool et de drogues. Mais le terme straight renvoi aussi à l’hétérosexualité et à sa fonction normative (hétéro = droit = normal). Cette brochure pose alors la question: comment se débarrasser du straight, c’est-à-dire des normes hétéro, dans le mouvement sXe?

Le mouvement straight-edge émerge dans le courant des années 1980 aux États-Unis, en réaction à la surconsommation de drogues et de l’alcool qui est devenue une norme (et une culture) dans les milieux punks. On retrouve ces pratiques d’abstinences dans de nombreux mouvements de résistance, notamment dans des régions colonisées où l’alcool a servi d’outil d’aliénation, de contrôle puis de repression.

Comme base du mouvement sXe, on retrouve donc l’engagement à ne consommer ni tabac, ni drogues, ni alcools (et parfois aussi, pas d’excitants comme la caféine). Une partie du mouvement est anti-spéciste.

Deux grandes thématiques se dégagent de cette brochure:

L’auteur, un homme cis homo, revient sur la construction hétéro-centrée et queerphobe du mouvement. Il critique en particulier les personnes hétérosexuelles qui dominent le milieux et qui refusent de se confronter à leur responsabilité dans la perpétuation de violences patriarcales et homophobes; une posture autoritaire qui marginalise les personnes queer et qui participe à leur oppression. Contre ces pratiques, des queer et des hétéro luttent pour une queerisation radicale de la scène sXe.

La deuxième thématique est la surconsommation de drogues et d’alcool dans la communauté queer. Cette culture de la surconsommation naît de l’oppression homophobe et de différents besoins: fluidifier la sociabilité, apaiser l’anxiété, réduire l’inhibition, oublier les violences quotidiennes et les traumatismes (au moins le temps d’une soirée), etc. Dans un système capitaliste où les addictions sont un marché qui participe à l’enrichissement des classes dominantes, il est lucratif pour elles de maintenir les conditions d’exploitation et de violences que produisent ces violences, mais aussi la précarité et la vulnérabilité que les addictions provoquent. Pour l’auteur, lutter contre la « culture de l’intoxication » c’est lutter pour une émancipation collective contre un système capitaliste queerphobe, raciste et sexiste.

En dernière partie, l’auteur rappelle l’importance de ne pas nourrir des pratiques culpabilisantes et toxicophobes. Il appelle à ouvrir des espaces autogérées de rencontre, de discussion et d’auto-support plutôt qu’à reproduire des pratiques punitives ou excluantes.

Ressources et groupes de paroles à Poitiers:

Ekinox (collectif de RDR à Poitiers et dans la Vienne, cliquez ici pour leur site)

+ les Alcoolique anonymes, les Narcotiques Anonymes et le CASPA peuvent fournir une aide ou des ressources pour mettent en place un protocole de soin.